6 scènes obligatoires dans un thriller

Il y a des scènes que vous devez impérativement incorporer à votre thriller pour captiver vos lecteurs.



Qu'est-ce qu'un thriller ?


Il est important d'avoir une définition claire du genre pour anticiper les attentes des lecteurs, car les amateurs de thriller veulent faire l'expérience de certaines émotions comme l'angoisse et le suspens.


Ils souhaitent se mettre à la place de l'enquêteur en récoltant les indices en même temps que lui et en assemblant toutes les pièces du puzzle dans leur tête afin de démasquer le coupable, le tout confortablement installés dans leur canapé.


L'enquêteur n'est pas nécessairement un policier. Il peut s'agir d'un journaliste ou d'un amateur qui se serait pris de passion pour l'investigation ou qui y serait mêlé d'une façon ou d'une autre.


Le thriller a beaucoup de points communs avec le polar. Dans les deux cas, on a de la tension et le but du héros va être de résoudre un crime pour faire en sorte que justice soit faite.


Cependant, dans le thriller, on a une notion de danger qui vient s’ajouter. La vie des personnages est directement en jeu. Il va également être question d'arrêter un criminel avant qu'il ne commette davantage de crimes.


Les lecteurs s’attendent, consciemment ou inconsciemment, à trouver certaines scènes dans l’histoire. En cas d'absence ou si elles sont mal exploitées, les fans du genre risquent de ressentir de la frustration ou de la confusion.


Pour dresser ma liste, je m'appuie principalement sur le travail de Shawn Coyne, un éditeur qui a 25 ans d'expérience dans le métier et qui a écrit un ouvrage intitulé The Story Grid. J'apprécie particulièrement son analyse, car elle permet de saisir concrètement ce que les lecteurs attendent en lisant un livre.


Il y a 6 scènes que vous devez obligatoirement inclure à votre thriller pour satisfaire vos lecteurs :

  • la découverte du crime ;

  • la découverte du MacGuffin ;

  • le héros en fait une affaire personnelle ;

  • le héros découvre ou comprend quelque chose qui lui permet de se rapprocher du tueur ;

  • le héros est à la merci du tueur ;

  • une scène de fin qui nous explique si la justice triomphe ou non.


Pour illustrer mon article, j’utiliserai des exemples tirés du film de Bong Joon-Ho intitulé Memories of Murder.



Pourquoi choisir un film plutôt qu’un livre ? Tout simplement parce qu'un film se consomme plus rapidement qu’un livre et aussi parce que j'adore cette œuvre 😅


Quelques mots sur Memories of Murder


L'histoire est inspirée de faits réels qui ont profondément marqué la Corée du Sud entre 1986 et 1991. À cette époque, un tueur a assassiné 9 femmes (source Le Parisien : un 10e meurtre a été commis par un « imitateur » arrêté depuis) âgées de 14 à 71 ans dans la ville de Hwaseong à 60 km au sud de Séoul.


Elles ont toutes été violées, bâillonnées et ligotées avec leurs propres vêtements. Des vêtements dont il s’était également servi pour les tuer.


Voyons à présent comment Bong Joon-Ho a réussi à adapter cette série d'événements pour en faire un thriller poignant à travers 6 scènes clés (attention aux spoilers si vous n'avez pas encore vu le film).


La découverte du crime


Votre histoire doit contenir une scène où le personnage principal découvre le crime soit directement soit parce qu’il en entend parler. Il comprend alors qu’il n’a pas affaire à un tueur ordinaire. De toute évidence, le meurtrier est talentueux, intelligent ou il a déjà fait ça avant.


Dans Memories of Murder, on tombe très rapidement sur les deux premiers cadavres et on comprend que le meurtrier a un mode opératoire précis. Il tue ses victimes avec leurs vêtements, puis il les ligote et il les bâillonne de façon particulière. Impossible de confondre son crime avec celui d'un autre.


La découverte du MacGuffin


Le MacGuffin peut se traduire par l'objet du désir. Une vidéo sur la chaîne Youtube d'ARTE en donne une définition plus détaillée si vous êtes intéressés.



On découvre le MacGuffin assez tôt dans le livre et cela permet aux lecteurs de comprendre quel est l'objectif du tueur, ce qu'il veut par-dessus tout.


Dans le film, les policiers le déduisent directement des crimes. Le meurtrier traque de jolies femmes célibataires qui ont toutes pour points communs de porter du rouge au moment des meurtres. Il les suit les soirs de pluie pour les violer et chaque fois, la chanson Sad Letter de Yu Jae-Ha passe à la radio.


Le héros en fait une affaire personnelle


Il faut une scène où l'on voit le personnage qui enquête être touché personnellement par l'histoire. Il a quelque chose d'important à perdre ou à gagner et pour cette raison, il aura encore plus à cœur de résoudre l’affaire.


Nous avons deux enquêteurs dans Memories of Murder, le policier de Hwaseong (Park Du-Nam) et le policier de Séoul (Seo Tae-Yun). Chacun a une scène qui montre ce moment où l'affaire devient personnelle.


L'inspecteur Park Du-Nam est du genre à vouloir en finir le plus vite possible avec l’enquête, au point de créer des preuves pour accuser un homme handicapé ou d’aller voir une shaman pour démasquer le meurtrier. La pression monte lorsque les cadavres se multiplient et que la presse s’en mêle en mettant l'accent sur l'incompétence de la police.


Pourtant, le véritable changement survient lorsque le cadavre d'une femme est retrouvé avec 9 morceaux de pêche insérés dans le vagin. Park Du-Nam est bouleversé et décide d'arrêter de “jouer au détective” pour enfin mener une vraie enquête, lui qui prétendait jusque-là pouvoir trouver le coupable rien qu’en le regardant dans les yeux.


Cette transition est matérialisée lorsqu'il déchire les pages du journal où il avait consciencieusement collé les photos des suspects.


Pour l'inspecteur Seo Tae-Yun, ce moment intervient plus tard lorsque la lycéenne avec qui il avait sympathisé est retrouvée assassinée. Au moment où ses yeux se posent sur son cadavre et sur le pansement qu'il avait lui-même appliqué, il se laisse emporter par l'émotion allant jusqu'à compromettre la scène de crime pour recouvrir la peau de la jeune fille mise à nu.


Le héros découvre ou comprend quelque chose qui lui permet de se rapprocher du tueur


L'enquêteur obtient un ou des indices décisifs qui lui permettent d'identifier le tueur.


Dans le film, l’enquêteur de Séoul tombe sur la seule victime rescapée du tueur. Elle lui dit que son agresseur avait les mains douces et délicates comme celles d’une femme. Peu de temps après, il trouve l’adresse de la personne qui envoie les cartes postales à la station de radio pour demander la diffusion de la fameuse chanson Sad Letter. Tous ces éléments concordent et accusent un homme qui va désormais devenir le principal suspect de l'enquête, Park Hyeon-Gyu.


Le héros est à la merci du tueur


L'enquêteur et le tueur sont enfin confrontés l’un à l’autre. Grâce à son talent, son intelligence ou ses compétences, il réussit à surpasser et démasquer le criminel, mais cette rencontre pourrait le mettre en danger.


Dans Memories of Murder, tout porte à croire que Park Hyeon-Gyu est coupable, mais il manque une preuve déterminante pour l’inculper : la preuve ADN. En attendant les résultats des États-Unis, le suspect est relâché et placé sous la surveillance de la police.


Un soir, il échappe à cette surveillance et un autre meurtre est commis, celui de la lycéenne. L'inspecteur de Séoul le retrouve aussitôt avec la ferme intention de le tuer.


Il y a une confrontation entre les deux protagonistes, interrompue par l'inspecteur Park Du-Nam qui arrive avec les résultats ADN. Des résultats qui ne parviennent ni à condamner ni à disculper complètement le suspect. Ils doivent donc le laisser partir.


On pourrait facilement rétorquer que c'est une scène dans laquelle l'enquêteur n'est pas réellement en danger et que c'est plutôt le suspect qui est à sa merci. Pourtant, que se serait-il passé s'il l'avait tué ? Quelles conséquences cela aurait-il eues pour lui ? Certes, il ne risquait pas de mourir, mais il avait beaucoup à perdre en tant que policier et en tant qu'individu.


Bong Joon-Ho a réussi à exécuter cette scène d'une façon originale et inattendue. À vous de trouver un moyen d'en faire autant dans votre thriller.


Une scène de fin qui nous explique si la justice triomphe ou non


La scène finale doit nous dire si la justice triomphe ou si le tueur s'en est sorti.


Malheureusement, dans Memories of Murder, il s'en sort. Cependant, il ne faut pas laisser les spectateurs ou les lecteurs s'en aller avec un sentiment de frustration. Ils ont besoin de recevoir un message à la fin de l'histoire qu'ils ont suivie avec autant d'attention. Ils se sont impliqués dans le récit pour aboutir à un dénouement satisfaisant.


Une fois encore, Bong Joon-Ho résout le problème avec brio. Le meurtrier n'a jamais été retrouvé et le film ne se termine donc pas sur l'arrestation du coupable qui court toujours. Cependant, pour la dernière scène, le détective revient sur les lieux du premier crime des années plus tard et adresse directement un regard à la caméra.


Pourquoi briser le 4e mur ?


Le réalisateur était persuadé que parmi les spectateurs du film se trouverait le coupable des meurtres en série. Dans la dernière scène du film, lorsque le détective se tourne face caméra, il regarde donc directement le meurtrier qui se trouve parmi nous dans la salle de cinéma.


Pour l'anecdote, on a fini par retrouver le coupable en 2019 et je vous invite à lire l'article du Parisien si vous souhaitez en savoir plus sur le sujet.


À vous de jouer !


Gardez à l'esprit que vos lecteurs sont les véritables experts du genre. En commençant un livre, ils s'attendent consciemment ou inconsciemment à expérimenter ces six moments clés. Sans eux, ils pourraient être déçus ou confus.


Ne cherchez pas à être original en voulant à tout prix les éviter. Votre originalité résidera en réalité dans la façon inédite dont vous allez les présenter.


Maintenant que vous connaissez ces six scènes obligatoires, vous pouvez vous amuser à les identifier dans vos thrillers préférés. Vous verrez qu'elles sont systématiquement utilisées. Vous pourrez également observer les façons différentes de les développer.


Retrouvez mes conseils en podcast (et bien plus)


Je discute également du film Memories of Murder sur le podcast que je co-anime avec Bastien qui est auteur.


Avec 6e de couverture, notre but est d'aider les écrivains à créer des histoires qui captiveront leur public, même s'il arrive parfois que nous nous perdions entre anecdotes philosophiques, conseils de pro et fous rires.

Dans tous les cas, nous faisons en sorte que notre complicité et notre enthousiasme vous fassent passer un bon moment. Donc n'hésitez pas à venir nous écouter.



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